jeudi 15 janvier 2009

« Le Marginal » - Jann Halexander, par Alain Pozzuoli

« Le Marginal » - Jann Halexander, par Alain Pozzuoli


Minimalisme et singularité, telles semblent être les deux caractéristiques principales de Jann Halexander et de son dernier album, Le Marginal. En effet, alors que certains de ses jeunes confrères se délectent à l’envi d’océans d’orchestres et d’effets acoustiques tonitruants, Jann Halexander mise sur la simplicité, la tiédeur intime du piano-voix, et le ton enjôleur du confident, en contrepoint des chanteurs-hurleurs partis à l’assaut des télévisions et des radios.

A contrario, Jann Halexander se soucie peu d’être présent dans le landerneau médiatique. Pas ou peu d’apparitions télévisées, peu de passages radios, mais sur des antennes ciblées. Le jeune homme n’ambitionne pas de squatter les sommets des hit-parades, encore moins d’accumuler les disques d’or et les récompenses prisées par la profession. Lui, au contraire, semble se conforter sur un chemin « à l’ancienne », passant uniquement par et sur la scène, de préférence dans de petits lieux où le rapport avec le spectateur se joue « à l’intime », dans la promiscuité, la confidence, la confession, le partage. Jann Halexander est de ces artistes atypiques qui ne voient de salut que dans l’authentique, le vécu, le réel…même si celui-ci effleure parfois les cimes du fantastique ou du surréalisme. Car le vécu de Jann Halexander n’est pas des plus communs ni des plus anodins. Tour à tour vampire mulâtre, amoureux assassin et victime, ce Fregoli des amours sulfureuses s’écartèle entre attirance-répulsion (Brasillach 1945), fascination « adu-lescente » (La dame rousse, chanson hommage à Mylène Farmer), et passions destructrices (Déclaration d’amour à un vampire, J’aimerais, j’aimerais,etc).

Le marginal, dernier opus en date du chanteur franco-gabonais, conjugue tous ces modes et déroule les thèmes favoris du jeune chanteur-acteur-réalisateur. Amours vampires et dévorantes, illusions-désillusions, contradiction pêle-mêle de la victime et du bourreau. L’univers d’Halexander bouillonne délicatement comme un magma en devenir, car n’en doutons pas, cet artiste creuse son sillon, patiemment, savamment, loin de l’agitation du monde, mais, peu à peu, construit son parcours, sans hâte, convaincu en son for intérieur qu’un jour ou l’autre le grand public saura trouver sa trace et le suivra enfin sur le chemin du succès qu’il mérite. J’en veux pour preuve certains auteurs réputés comme Valérie Lemercier (Françoise G) qui n’a pas craint de signer sur son disque-grimoire.

Dans la galaxie de la chanson, il est des étoiles filantes flamboyantes et quelques planètes plus lentes et plus discrètes dont la trajectoire est parfois délicate à suivre de prime abord, pour finalement se cristalliser dans la conscience collective telle une évidence. N’en doutons pas, Jann Halexander appartient à cette seconde catégorie, et pour peu qu’il affiche par la suite des exigences un peu plus soutenues, il ne risque pas de sombrer dans un trou noir.


Alain Pozzuoli, parolier, auteur de plusieurs ouvrages sur la chanson dont "Dictionnaire des yé-yés" chez Pygmalion, parution en février 2009. Grand spécialiste du vampirisme, anthologiste.